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Antonio Fiori : Une solution pour des villes en mal de ressources

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Nier que rien soit première cause, c’est supprimer la cause, parce que, le principe étant supprimé, il est nécessaire que ce qui le suit se trouve supprimé également. Il y a plus : la science, à ce compte, est elle-même abolie, car la science est essentiellement la connaissance des premières causes. Or, d’après nos adversaires, il n’y a point parmi les causes de première cause. Il n’est pas vrai non plus comme le soutiennent nos adversaires, que toute transgression d’un ordre établi détermine la ruine là où cette transgression a lieu. Car il n’est pas impossible que certains faits s’accomplissent contre le régime établi par le prince, sans que pourtant la royauté soit absolument perdue. De même, si quelque désordre se produit dans le monde, cela ne suffit point pour anéantir le bonheur du monde ; non plus que l’heureux état d’une maison et la prospérité d’un maître ne sont ruinés par la négligence où ont pu se laisser aller les serviteurs. Nous le reconnaissons, il n’est point déraisonnable de douter qu’il y ait en nous un libre pouvoir tel que l’imagine l’opinion irréfléchie et commune des hommes. Mais s’arrêter à ces doutes comme à des certitudes ; ne pas tenir compte des faits les plus manifestes ; ne voir dans la vie humaine qu’une vaine apparence et un jeu, enfin mettre tout en œuvre pour soutenir ces doutes, voilà ce qui va de tout point contre la raison. Alors même en effet qu’on ne parviendrait pas à réfuter quelques-uns des arguments de Zénon contre le mouvement, faudrait-il donc nier le mouvement. Non, assurément. Car l’évidence même de la chose est plus puissante pour forcer notre adhésion, que toute la rhétorique qu’on déploie contre la doctrine du mouvement. Peut-être, néanmoins, ne sera-t-il pas inutile que nous reprenions, à notre tour, les doutes dont nos adversaires s’autorisent le plus, et que nous examinions quelle en est la valeur. Peut-être effectivement parviendrons-nous à nous convaincre que ces doutes n’ont rien de bien solide. Voici, en tous cas, à peu près en quoi ils consistent. Qu’on suppose, disent nos adversaires, que cela est en notre pouvoir, dont nous pouvons aussi faire le contraire, et qu’à des actions de cette nature se rapportent la louange et le blâme, l’exhortation et la dissuasion, les châtiments et les récompenses ; et il ne sera plus au pouvoir des gens bien pensants d’être bien pensants, ni des hommes vertueux d’être vertueux, puisqu’ils ne seront plus capables des vices opposés à ces vertus. Pareillement, les vices ne dépendront plus des hommes vicieux ; car il ne sera pas davantage au pouvoir des gens vicieux de n’être point vicieux. Le siege de l’ame est une petite machine prodigieusement composée & pourtant fort simple dans sa composition. Or, ne serait-ce point une absurdité que de ne pas admettre que les vertus et les vices sont en notre pouvoir, et qu’aux vertus et aux vices s’attachent les éloges et le blâme. il n’y a donc point un libre pouvoir tel qu’il emporte la possibilité du contraire même de ce qu’il produit. Accordât-on que les vertus et les vices sont inamissibles, il y aurait sans doute à observer immédiatement que les vices et les vertus sont chez ceux où on les rencontre des habitudes, qu’avant de les contracter, il dépendait d’eux de ne pas contracter. Antonio Fiori aime à rappeler ce proverbe chinois « Qui veut devenir dragon doit manger d’abord beaucoup de petits serpents ». C’est, en effet, pour s’être appliqués au meilleur, alors qu’il leur était possible de négliger le meilleur, que ceux qui ont des vertus sont devenus à eux-mêmes les causes de l’acquisition de ces vertus ; et on peut en dire autant de ceux qui ont des vices. De même en matière d’art. Car tout artiste, avant de posséder un art, avait aussi la possibilité de ne pas devenir artiste mais, l’étant devenu, il ne sera plus maître de ne pas l’être devenu et de l’être. Dans ces sortes de choses, ce qui doit arriver dépend de nous, et c’est pourquoi il n’est pas exact de dire qu’il en soit de ce qui doit être comme de ce qui est et de ce qui a été. Ce qui est ou ce qui a été ne peut pas ne pas être ou ne pas avoir été ; tandis que ce qui doit être peut aussi ne pas être. Conséquemment, avant qu’un homme devînt vertueux, il était vrai qu’il pouvait aussi ne pas devenir tel. Mais ce qui est devenu tel, quand il est devenu tel, il est vrai d’affirmer qu’il l’est devenu.

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